LA NATUROPATHIE ET SES « PARADOXALES « DERIVES PASTEURIENNES
Alain Scohy en veut (amicalement) aux naturopathes car pour lui, c’est la branche s’occupant de la santé qui devrait vraiment être hors du paradigme de Pasteur et elle ne l’est pas dans les faits.
Il n’a pas tort, mais nous pouvons apporter des nuances à ces propos un peu lapidaires ou tout au moins accorder des circonstances atténuantes aux naturopathes. Mais avant d’expliquer en quoi les naturopathes restent sur un système pasteurien - parfois à leur corps défendant - et essayer de comprendre pourquoi ils restent globalement dans ce système, je vais faire un petit rappel des principes de base de la naturopathie et des techniques qu’elle utilise que j’ai déjà évoqués brièvement dans cette revue (numéro 59 pour les fidèles).
I.PRINCIPES ET TECHNIQUES :
La naturopathie est basée sur 5 principes :
- Le vitalisme : il consiste à connaître, respecter, prendre soin d’une énergie vitale inhérente à l’homme qui s’épuise plus ou moins rapidement tout au long de la vie. Le mode de vie, le type d’alimentation influe évidemment sur la vitesse de décroissance de cette énergie. Certains la comparent à une bougie qui se consume plus ou moins lentement, sachant que tout le monde n’a pas une bougie de même taille au départ.
- L’humorisme : il fait référence à ce que l‘on appelait jadis les humeurs ou liquides de l’organisme (sang, lymphe, liquide intra et extra-cellulaire). L’ensemble est aussi appelé terrain qu’il faut maintenir dans des conditions optimales en évitant les carences et aussi en détoxifiant ce que les naturopathes appellent les émonctoires par des techniques de drainage phytothérapeutique par exemple.
- Le naturisme ou hygiénisme : il concerne l’utilisation harmonieuse et intelligente de la nature et de ce qu’elle nous offre (nourriture saine –pas toujours évidente à trouver-, contact avec les 4 éléments : eau pure, air propre, soleil et terre).
- Causalisme : comme son nom l’indique, il consiste à aller chercher les causes premières des troubles avant de s’occuper du symptôme apparent.
- Le holisme : c’est voir l’homme dans son entièreté, sur les plans physiques, psycho-émotionnels, etc. Il est bien sûr intimement lié au causalisme.
A partir de ces principes de base, somme toute de bon sens et à cent lieue des concepts allopathiques classiques, le naturopathe a dans sa besace 10 techniques :
- L’alimentation, bien sûr. « Que ton aliment soit ton premier médicament » comme disait Hippocrate. Ici, la nutrition (réglages alimentaires pour éviter les carences, etc), les différents types de jeûnes, la supplémentation en vitamines et/ou oligo-éléments interviennent.
- L’exercice physique est aussi très important en naturopathie (élimination des toxines, maintien des muscles en bon état,…)
- La psychologie : fondamentale en ce qui concerne l’impact des chocs psycho-émotionnels sur le corps.
- L’hydrologie : il existe de très nombreuses techniques utilisant l’eau chaude tiède, froide, sous forme de vapeur permettant la détoxification, le mouvement des humeurs.
- La chirologie ou techniques manuelles : elle inclue des types de massages très variés, utilisant des huiles essentielles ou autres afin de rééquilibrer le corps.
- La phytologie ou l’usage des plantes sous différentes formes (teinture mère, huiles essentielles, etc) pour les cures de drainage ou de revitalisation par exemple.
- L’actinologie qui utilise les différentes longueurs d’ondes de la lumière.
- La pneumologie qui permet l’utilisation de l’air de diverses manières comme avec l’appareil de Plent, le bol d’air Jacquier, les techniques de respiration inspirées du yoga, etc.
- La magnétologie qui utilise les énergies manuelles ou fabriquées (aimant, physioscan).
- La réflexologie ou utilisation des points réflexes (réflexologie plantaire, auriculothérapie, sympaticothérapie, etc).
La prévention et l’information prennent également une large place dans l’esprit du naturopathe. Mais dans nos sociétés, nous sommes bien loin de l’ancien principe chinois qui voulait que l’on rémunère son thérapeute quand tout allait bien et que l’on arrête de le payer en cas de problème. De plus, un système du type sécurité sociale qui fait croire faussement aux gens qu’ils ne paient pas pour leur santé les déresponsabilise d’eux-mêmes et ils ne sont plus acteurs de leur propre santé. Même en naturopathie, car le praticien est souvent associé dans l’esprit des gens à un docteur qui utilise des techniques naturelles et non remboursées alors que le naturopathe n’est qu’un accompagnateur qui guide vers l’auto-guérison.
Bien sûr, comme vous vous l’imaginez, le naturopathe n’utilise pas toutes les techniques et sous techniques mais en choisit un certain nombre en fonction de ses affinités.
Mais, nous pourrions nous dire qu’avec un tel « arsenal » et de tels principes, nous sommes « armés » pour parer à un maximum d’éventualités. Et c’est vrai. Mais il y a un « hic » et j’ai volontairement employé ce vocabulaire guerrier pour le mettre en avant.
II. QUE MANQUE-T-IL A LA NATUROPATHIE ?
En vérité, pas grand-chose. Tout parait y être : un éventail large de techniques très variées, des principes de base de bon sens, une vision holistique de l’homme. Les techniques de pointes comme la bioélectronique sont intégrées également, l’orthomoléculaire aussi. La notion d’accompagnement vers l’auto-guérison et la notion de responsabilisation de la personne sont largement présentes.
Elle comporte aussi des citations « références » comme la règle d’or d’Hippocrate « en premier ne pas nuire ». Cela part d’une bonne intention, mais, psychologiquement parlant, le cerveau ne comprend pas la négation, donc la citation tombe un peu à plat.
Je souhaite m’attarder plus largement sur le fameux « le microbe n’est rien, le terrain est tout » que Claude Bernard utilisait en s’opposant à Louis Pasteur. Là nous nous disons, c’est gagné, tout est intégré. Malheureusement non. Certes, c’est bien de dire que le microbe n’est rien et encore cela dépend de la façon dont nous interprétons ce « rien ». Si nous l’interprétons en pensant que le microbe est un agresseur impuissant si le milieu liquide intérieur possède la composition idéale, eh bien, nous nous leurrons car nous n’avons pas réellement pris en compte les travaux d’Antoine Béchamp pourtant cités dans les écoles de naturopathie, timidement certes, mais cités. Et c’est ce qui se passe pour la majorité des naturopathes.
Les documents de travail ou d’information des naturopathes vont aussi dans le sens d’un agresseur. Il suffit d’ouvrir le lexique d’aromathérapie de Pierre Franchomme, reconnu comme sommité en la matière. En prenant une huile essentielle classique et connue comme Melaleuca Alternifolia (ou tea tree), nous trouvons dans les propriétés des termes comme anti infectieuse, anti bactérienne, anti fongique, anti virale, anti inflammatoire, anti asthénique. Il y a beaucoup d’ « anti ». Nous sommes donc bien dans la logique de guerre contre l’agresseur. C’est bien sûr vrai pour toutes les huiles essentielles. Certains aromathérapeutes essayent bien de les utiliser autrement en s’en servant pour rééquilibrer les tempéraments Hippocratique (voir la revue 59).
Je retranscris ici mot pour mot le paragraphe sur Béchamp tel qu’écrit dans les cours de naturopathie que j’ai suivi au début des années 2000 :
« Pharmacien contemporain et adversaire acharné de Pasteur. Il étudie les phénomènes de fermentation (zymases) et plus particulièrement les MYCROZYMAS qu’elles contiennent – qui, sous l’influence des perturbations du milieu intérieur, se métamorphosent en bactéries, virus ( !) ou mycéliums « pathogènes ». La transformation inverse peut s’opérer lorsque le milieu devient favorable ».
Certes, cela fait léger, mais nous pouvons éventuellement comprendre que les microbes ne viennent pas de l’extérieur mais sont fabriqués par notre corps pour nous rendre malade si le terrain est mauvais. A ce stade, nous pouvons simplement nous dire : bien, nous fabriquons certains de nos agresseurs (peut être pas tous, peut être qu’il y a des méchants microbes qui viennent de l’extérieur et qu’il faut combattre).
Pour aller un peu plus loin, il faudrait pouvoir avoir étudié Béchamp d’un peu plus près…et/ou se pencher sur la psychosomatique.
Eh bien, vous savez quoi ? Dans les cours de naturopathie, la psychosomatique prend une part relativement importante (pour le moins dans ceux que j’ai suivi). Pratiquement à chaque pathologie ou maladie, le conflit psycho-émotionnel est cité, nous connaissons le rôle des émotions dans l’élaboration d’une pathologie ainsi que la phase de guérison ou maladie une fois le conflit résolu. Mais cela s’arrête là. Le méchant petit microbe venu de l’extérieur voire de l’intérieur pour les plus sagaces est toujours bel et bien là.
La naturopathie reste dans le dogme pasteurien tout simplement parce que le lien entre les découvertes d’Antoine Béchamp et celles (entres autres) de Ryke Geerd Hamer en psychosomatique n’est pas fait !
Pourtant, en approfondissant un peu les découvertes de Béchamp et en observant des tissus « malades », on se rend bien compte qu’il y a des microbes … fabriqués par les microzymas. Le pas est ensuite facile à franchir : les microzymas construisent les tumeurs sur demande du cerveau qui ne peut supporter un stress trop élevé donc mortel et qui va alors chercher un programme (pas forcément très opportun car ce n’est qu’un ordinateur hyper-performant mais sans intelligence) et ordonne une action en fait salvatrice aux microzymas qui lui permet de baisser son niveau de stress. Une fois le conflit résolu, les microzymas forment les bactéries pour démonter la tumeur créée auparavant. Les microbes sont donc là pour nous guérir.
J’ai simplifié à l’extrême le processus qui est un peu plus complexe dans la réalité, mais le principe est là.
Bien sûr, il n’existe pas que des maladies psychosomatiques (voir par exemple d’empoisonnement à l’aluminium) et même dans ce cas, l’importance du terrain est toujours vraie. Savoir quelle est la proportion des maladies psychosomatiques dans l’ensemble des maladies est bien délicat, mais il semble qu’elle soit élevée.
Comme quoi, pas grand-chose, un petit lien de rien du tout peut faire passer d’un paradigme à l’autre. C’est ce lien manquant qui désespère Alain. Personnellement, j’ai mis environ 3 ans après l’école de naturopathie, pour voir ce petit lien, franchir ce petit pas. Et encore, en continuant des recherches et des approfondissements intensifs car j’avais la chance d’avoir du temps…
Et c’est fondamental de comprendre ces processus afin de positiver ce qu’est une maladie puisqu’elle cherche à nous guérir car nous nous affranchissons alors en partie de la peur qui est la pire ennemie de la guérison.
« Rien n’est la proie de la mort, tout est la proie de la vie » disait Béchamp.
III. LES CIRCONSTANCES ATTENUANTES :
Il y en a, et beaucoup !
Même si la naturopathie semble se développer, elle ne reste que marginale aussi bien au niveau des écoles que du grand public qui la connait peu. Elle n’est pas du tout intégrée au niveau de nos dirigeants politiques. De fait, les moyens sont limités. Les élèves, dans la majorité des cas, doivent payer des sommes importantes pour suivre le cursus qui est très loin de leur garantir un emploi à la sortie. Rien à voir avec le système d’éducation classique qui est quand même souvent largement subventionné et par lequel, malgré le contexte actuel, il est beaucoup plus facile de trouver un emploi.
Dans sa confidentialité, cette conjoncture voire cette volonté politique ne permet qu’à peu de naturopathes sortant du peu d’écoles de trouver un emploi touchant de près ou de loin à la santé « autrement ». Certains parlent de 10%. On en retrouve beaucoup (dans ces 10%) comme employés de les boutiques bio, parfois aussi en tant que technico-commerciaux dans des laboratoires vendant des compléments alimentaires, mais c’est une infime minorité qui exerce vraiment la naturopathie en tant que telle et à plein temps. Alors, forcément, continuer à étudier, à chercher dans ces conditions…Dit un peu différemment : les personnes vivant par un biais ou un autre, de plus ou moins près de la naturopathie ne se consacrent pas réellement à l’exercice clinique de la naturopathie à 100%, il faut vivre, il faut vendre. Là, souvent les principes s’en vont alors qu’ils sont incomplets, en plus.
Quant aux écoles, elles essayent de donner un maximum de renseignements sur un maximum de techniques en un minimum de temps. Il est possible de faire une école de naturopathie de manière complète en un an très intensif ou en plusieurs années, chacune plus allégée, mais le programme est le même. Des cycles plus longs, plus approfondis existe, mais peu. C’est une question d’argent. Après le cursus, le naturopathe doit obligatoirement continuer à travailler par lui-même pour approfondir, pour faire les liens lui-même de ce qui n’a pas pu être fait lors des cours. Encore un obstacle pas toujours évident à surmonter.
Alors, vous allez me dire, que les écoles essayent au moins de se concentrer sur l’essentiel ! Oui, peut être, mais cet « essentiel » il est relativement vaste, d’une part, surtout pour les personnes n’ayant au départ aucune formation en biochimie, chimie, anatomie, physiologie, médecine. D’autre part, qui s’intéresse vraiment à Béchamp à part des gens comme Cédric Mannu , Eric Ancelet ou Alain Scohy (le seul à mettre en pratique) ? Personne. Je ne pense pas avoir vu cité le mot « microzymas » plus de trois fois dans la revue Biocontact, par exemple. Et encore, dans une seule revue consacrée au terrain. Mais les articles ne mettaient pas en valeur l’importance fondamentale des microzymas. Alors il ne faut pas s’étonner que dans les écoles de naturopathie, les références à Béchamp ne prennent que quelques lignes.
Pour finir, il faut faire attention au « catalogage ». Les gens qui ont fait de la naturopathie ne sont pas forcément naturopathe, nous avons vu pourquoi. Mais surtout, ils ne sont pas QUE naturopathe non plus. Beaucoup étudient et s’intéressent à de nombreuses autres techniques comme l’art thérapie, l’homéopathie, le décodage biologique, le reiki et tant d’autres. Il est donc alors encore plus difficile de faire des liens interdisciplinaires, même si à priori ils paraissent évidents lorsque l’on met le doigt dessus.
EN CONCLUSION : L’alliance naturopathie-psychosomatique : la médecine de pointe de demain ?
Personnellement je pense que oui. Tôt ou tard il faudra passer par ces changements de paradigmes incluant les microzymas et la psychosomatique…et aussi l’aspect spirituel trop peu évoqué. La naturopathie se veut être la médecine généraliste des médecines douces. Elle a donc beaucoup de cordes à son arc, mais pas toutes. Il faudra intégrer d’autres techniques notamment les médecines énergétiques, l’ostéopathie, la musicothérapie et beaucoup d’autres. Sans oublier ce qu’il y a de bon dans la médecine conventionnelle.
C’est en ce sens que tous les ans, l’institut Paracelse organise son congrès interdisciplinaire en santé alternative. Donc, soyez nombreux à nous faire partager vos expériences et vos idées les 30-31 mai et 1er juin prochain au congrès !
Christian Bauer. cbauer1@hotmail.fr.














